L’histoire de la sélection des races équines commence par l’application d’un principe fort : « prenez les meilleures juments, amenez-les aux meilleurs étalons et faites une prière. »
L’intérêt de l’application de ce principe aussi simpliste qu’ancestral est évident. Les chances d’obtenir de bons produits avec des parents de qualité sont évidemment plus grandes qu’avec des géniteurs médiocres. Néanmoins, l’expérience et l’observation ont rapidement mis en évidence l’importance de l’écart existant entre les résultats escomptés et ceux effectivement obtenus.
Nous voilà devant un mystère qui dépasse largement le cadre de la sélection équine puisqu’il concerne, à peu de chose près, l’ensemble des êtres vivants.

La première main qui souleva le voile recouvrant ce mystère, fut celle d’un moine tchèque, Grégor Mendel, qui dès 1865, proposa une théorie de la transmission des caractères. Cette théorie, qui ne devait être comprise que 35 ans plus tard, est le fondement de la génétique moderne.
Cet éclairage décisif sur les mécanismes biologiques en œuvre dans la transmission des caractères nous aidera à comprendre les observations réalisées, à analyser les résultats de la sélection empirique, il nous permettra également d’éviter de fâcheuses erreurs.

Bien avant que Mendel ne se penche sur ses petits pois, nos grandes nations européennes se développaient au rythme de leurs chevaux, exigeant encore et toujours davantage de représentants de notre plus noble conquête. Les opérations militaires se succédant, c’est la remonte des armées qu’il fallait avant tout satisfaire.
A la fin du XVIIIè siècle, les besoins de l’armée austro-hongroise atteignaient 6000 chevaux par an.
Dès lors l’enjeu était clair : celui qui mettrait au point une méthode permettant de produire en quantité et avec régularité un cheval de cavalerie de grande qualité serait assuré du succès. Les grandes puissances ne ménagèrent, dans ce sens, ni leurs efforts ni leurs deniers.
Le principe d’élevage « in and in » établi par Jozsef CSEKONICS (« Praktische Grundsätze die Pferdeszucht betreffend » – 1817-) éprouvé à Mezöhegyes avec la création du NONIUS, démontre qu’une race puissamment consolidée ne peut être obtenue que par l’endogamie continue de reproducteurs dûment choisis.
C’est ce même Csekonics qui après avoir créer le Haras de Mezöhegyes conseilla à l’Empereur-roi JOSEPH II l’acquisition du domaine de Babolnapusta, propriété du Comte Szapàry. Ainsi fut créé en 1789, sous la direction de Joseph Csekonics le HARAS de BABOLNA.C’est à cette date et en ce lieu que nous considérons qu’est né le cheval ARABE SHAGYA.
L’idée qui détermine cette naissance part du simple constat qu’il serait, en pratique, impossible de produire en quantité des chevaux de sang oriental adaptés aux besoins des armées européennes à partir d’un cheptel de reproducteurs entièrement importé.
C’est donc une sélection des meilleures juments de l’Empire qui constituera les mères fondatrices de la « RACE ARABE » Cette jumenterie, composée d’une proportion variable de sang arabe hérité de la domination turque dans les Balkans fut systématiquement couverte par des étalons pur-sang arabes importés du Moyen-Orient au fil de missions qui se succédèrent jusqu’au début du 20ème siècle.
Cette mise en œuvre et l’application des principes établis par Csekonics donnèrent rapidement des résultats spectaculaires. Les essais de diversification furent tous jugés décevants et écartés de l’élevage.

Parmi tous les pur-sang arabes qui furent utilisés, moins d’une quinzaine se distingue comme fondateurs des grandes lignées suivies jusqu’à nos jours.
SHAGYA db, né en 1830 dans la tribu des Bani-Saher, arabe original de la souche Koheyl-Siglavy fut importé à Babolna en 1836. Ce reproducteur exceptionnel est présent dans la généalogie de tous les représentants de la Race.
A partir de 1978, son nom sera choisi pour désigner l’ancienne et noble RACE ARABE de l’Empire Austro-Hongrois.



O’BAJAN db, né en 1880 dans la tribu Anaze el-Sbaa, étalon de tête à Babolna, fut médaillé d’or à l’âge de vingt ans, lors de l’exposition universelle de PARIS 1900 . Sa stèle funéraire orne, aujourd’hui encore, la cour d’honneur du Haras.
O’BAJAN I – 10, né en1970


Tout aussi fondateurs sont les étalons SIGLAVY, AMURATH, DAHOMAN, GAZLAN-GAZAL, HADBAN, KEMIR, MERSUCH, SIGLAVY-BAGDADI, KUHAILAN ZAID, KUHAILAN HAIFI, et plus tardivement EL SBAA et NEDJARI.
GAZAL VII, né en1944

L’élevage de l’ARABE SHAGYA né et développé à BABOLNA connu son apogée avec le Haras de RADAUTZ. Ses 9810 hectares s’étendaient le long de l’actuelle frontière entre la Roumanie et l’Ukraine : 14 fermes d’élevage dont 4 stations d’estive en montagne occupaient son territoire. Un cavalier pouvait chevaucher sur 120 kilomètres en ligne droite, sans quitter les terres du Haras.
SHAGYA X, né en 1899, ( dixième étalon de la lignée SHAGYA) fut déterminant dans l’élevage de RADAUTZ. Le pur-sang Arabe AMURATH, né en 1881, y fut également étalon de tête. Sa descendance influença nombre d’élevages à travers le monde.
Sans atteindre l’importance de RADAUTZ et de BABOLNA, les Haras de TOPOLCIANKY ( Slovaquie ) et de MANGALIA ( Roumanie ) comptent parmi les origines incontournables de l’ARABE SHAGYA.
Pour apprécier l’exceptionnel patrimoine dont disposent aujourd’hui les éleveurs de SHAGYA, il faut appréhender la formidable conjoncture dont a bénéficié le développement de cette race .
La volonté et la puissance d’un Empire à son apogée, le génie et la science équestre des Magyars, le choix du sang arabe le plus noble, une sélection d’autant plus draconienne qu’elle fut appliquée à des effectifs considérables, une rigueur exemplaire dans la plus haute tradition, voilà les facteurs qui, au terme de deux siècles et près de trente générations de chevaux, ont forgé la race ARABE SHAGYA.
L’expérience nous a appris qu’il ne suffit pas d’un bon étalon et d’une bonne jument pour faire de bons poulains. Elever de nobles chevaux, c’est jouir d’un précieux héritage. Un héritage qu’il nous faut toujours mieux comprendre, impérativement préserver, espérer enrichir pour enfin vouloir le partager et le transmettre.
Antoine ROLAND

